Enquêtes très spéciales…


Etranger en une terre étrangère…

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Article de Rachel FYL

Au  verset 22 de l’ Exode chapitres 1 et 2 , nous avons noté que l’épouse de Moïse a donné le nom de Gershom à leur fils parce qu’il résume sa situation passée : « J’AI ETE un étranger en une terre étrangère (profane) ». Comment devons-nous entendre le mot «étranger» ? Est-ce qu’il qualifie l’appartenance de Moïse à une autre nation que celle où il est né ? Nous savons en effet, que son peuple a été contraint de s’exiler en Mitsraïm (Egypte). Sur un autre plan, le qualificatif « étranger » signifiant également «profane», peut-on envisager que ce terme exprime son sentiment de n’avoir aucune part aux idées et aux mœurs du territoire qu’il a fui ? Par conséquent, en quoi cette «terre» est-elle profane, c’est-à-dire «étrangère» à une certaine connaissance ? Laquelle ?
Pour tenter de répondre à ces questions, voici le moment de s’appuyer sur l’une des innombrables manières de lire le Livre. Pour cela, comptons le nombre de versets qui forment ce chapitre : ils sont au nombre de 25. Or, ce résultat est entre autres, le fruit de 5 x 5, ce qui nous invite à examiner le déroulement du récit de 5 versets en 5 versets. Alors, qu’obtenons-nous ?

Du verset 1 au verset 5 : le récit expose la conception puis la naissance d’un enfant. C’est un nouveau-né protégé avec amour par sa mère, confié aux eaux du fleuve et surveillé par sa sœur. Il n’a pas conscience des périls du monde où il vient de naître et il ne peut donc prendre aucune initiative personnelle pour se préserver. Il dépend donc des connaissances et des expériences de son entourage qui met tout en œuvre pour le soustraire aux décrets cruels de Pharaon.
Du verset 5 au verset 10 : Rencontre du nourrisson avec la fille de Pharaon. Touchée par la situation problématique du nouveau-né, son empressement à lui donner une nourrice laisse entendre qu’elle va l’adopter. Mais, durant le temps de l’allaitement, c’est sa mère biologique qui prend soin de lui. Elle le nourrit au sens propre comme au sens figuré car, d’un côté elle assure sa croissance physique et d’un autre, elle éduque ses facultés de perceptions sensibles. Avec elle il apprend à parler la langue maternelle, qu’elle soit culturelle ou l’expression des états affectifs élémentaires.
Du verset 10 au verset 15 : Moïse a grandi : le récit laisse entendre qu’il a atteint l’âge du sevrage. Mais, en se séparant de sa mère naturelle, il se sépare de son peuple, c’est-à-dire de ses racines. Il aborde une nouvelle étape dans son éducation dès qu’il se présente à la fille de pharaon. Elle peut désormais l’adopter et l’éduquer selon les usages de sa culture et des lois en vigueur dans le pays. Toutefois, est-ce que ces usages se fondent sur la raison objective ou sur la raison subjective ? C’est probablement pour qu’il puisse évaluer la valeur de ses jugements que Moïse va en expérimenter la légitimité et la pertinence. Pour cela, il doit passer une sorte d’épreuve en étant confronté à des évènements qui vont solliciter ses capacités de discernement et d’appréciation. Et, comme il vit à la manière du milieu qui l’a adopté cela signifie qu’il pense, qu’il parle et qu’il agit conformément à cette éducation. Ainsi, témoin de deux évènements violents, il entend le message de ses émotions qui ne lui inspirent qu’une appréciation subjective du bien et du mal. Touché dans son cœur, Il démontre qu’il n’est pas encore capable de porter un jugement équitable, intègre et impartial. La confusion de ses évaluations révèle combien le monde où il vit réduit ses facultés de discernement et combien l’éducation qu’on lui a donné restreint sa capacité de produire une juste appréciation des choses.
Du verset 15 au verset 20 : Alors, le récit nous indique que Moïse réalise que «l’affaire est connue», c’est-à-dire le meurtre dont il s’est rendu coupable. Pharaon le recherche «pour le faire périr», décision qui sanctionnerait l’assassin par une condamnation à mort. Et voilà comment notre Moïse comprend qu’il peut être détruit par les conséquences de son propre crime ! Il y a fort à parier qu’il éprouve un sentiment de culpabilité ! C’est comme s’il prenait conscience qu’un monde irréfléchi, dominé par les impulsions et gouverné par les passions destructrices tuent le discernement. Elles l’anéantissent et l’empêchent d’être, d’exister, de révéler l’étendue de ses fructueuses capacités. On peut alors envisager une comparaison : le discernement est comme un étranger dans un environnement étranger à la raison, à l’intelligence déductive, à la lucidité. Alors, Moïse fuit ce monde et fait une pause en terre de Midian. Qu’est-ce que ce pays ? Pour mieux pénétrer le sens de ce nom, oublions sa position géographique dans l’antiquité. En hébreu, le nom Midian vient de la racine Din signifiant entre autre, jugement, droit. Si Moïse fait une pause en ce lieu, c’est probablement pour y apprendre à appliquer de la rigueur dans ses jugements afin de faire preuve de rectitude dans l’avenir. Une nouvelle expérience confirme l’évolution de sa conscience : ému par l’affolement sous-entendu des sept filles du prêtre Reouel face à leurs agresseurs, il se lève et les chasse. Aucun combat n’est rapporté et on peut envisager que Moïse leur a avancé des arguments convaincants. Mais, sur un autre plan, c’est un peu comme si le récit nous rappelait qu’en s’affirmant, en se dressant avec calme et fermeté, la raison repousse les motifs d’anxiété symbolisés par les méchants bergers !
Ainsi, entre les lignes de la narration, le chapitre est consacré à l’éveil progressif et nécessaire du discernement chez l’humain. Ce sont ses expériences et sa capacité à en évaluer les conséquences qui lui permettront peut-être de gravir les cinq étages de la conscience auxquels il est fait allusion dans ce chapitre. Mais, l’histoire de cette évolution n’est pas terminée !
Moïse s’installe en terre de Midian où il ne semble pas se sentir étranger comme en terre de pharaon. Ce dernier meurt, et le récit nous indique qu’à ce moment là seulement, Elohim entend les gémissements et les supplications des fils d’Israël. Une question s’impose : est-ce que l’influence du petit despote pharaon était à ce point puissante pour qu’Elohim ne puisse entendre les souffrances de ce peuple ?
Prochain article : Qui est pharaon ? Consultez la Page 3

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