Enquêtes très spéciales…

Qui est pharaon ?

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Article de Rachel FYL

Comme vous avez pu le noter, il ne porte pas de nom dans le récit (Exode chapitres 1 et 2). Seul, son titre est donné comme si c’était sa fonction qui devait retenir notre attention. Ce titre désignait donc les souverains de l’Egypte antique auxquels on attribuait un pouvoir divin, ce qui leur conférait un statut d’homme-dieu. Très sommairement, disons que ce statut trouvait son origine dans mythologie. Elle rapportait que c’était le Créateur de l’univers qui avait fondé le trône d’Égypramses%20II20te. Il en avait transmis les droits à ses successeurs les dieux, puis à des êtres demi-dieux ou dieux-hommes. Par la suite, ce pouvoir avait été transmis aux hommes dotés d’attributs divins, c’est-à-dire issus de la lignée des dieux. On peut alors en déduire que le pharaon de notre récit appartient à cette dernière catégorie. Il devait donc être considéré comme le descendant des anciennes dynasties des dieux rois. De ce fait, il occupait les fonctions de chef religieux, de chef d’état, de chef des armées, de chef de justice. Quelle situation enviable pour les adeptes du despotisme ! Pharaon supervisait donc tous les domaines et se présentait comme la légitime autorité suprême conformément à la lois des dieux. Par conséquent, appartenir au monde de pharaon, c’était être assujetti à ses pouvoirs décisionnaires, à ses choix, à ses jugements. Dans ce contexte, il apparaît bien difficile qu’une voix d’opposition se fasse entendre ! Toutefois, au premier chapitre de l’Exode, nous constatons que le souverain n’était peut-être pas si sûr de ses pouvoirs divins… Il redoutait qu’une puissance étrangère le destitue de son trône et de son autorité. Ses craintes révélaient donc la part vulnérable de l’homme-dieu qui crut protéger son statut en pratiquant un génocide (la mort des enfants mâles) !
Ainsi, à y regarder de plus près, ce type de personnage pourrait parfaitement représenter un sujet doté d’un ego surdimensionné ! Or, voilà qu’à son insu, l’enfant qui va devenir Moïse échappe au massacre ! Cet événement met clairement en relief les limites du pouvoir de l’homme-dieu ! Il lui est en effet impossible de contrôler les puissances qui gèrent le monde qui l’entoure et dont il n’est pas le créateur. Car, l’existence du nourrisson est stimulée par la puissance d’amour de sa mère biologique, de sa sœur et de la fille de pharaon. Si elles le sauvent, est-ce parce qu’elles savent qu’il porte en lui la potentialité de cette voix d’opposition qui fait cruellement défaut au monarque absolu ? Car, dès qu’il a atteint une certaine maturité, Moïse se révèle par sa capacité à évaluer un acte injuste et par son désir de libérer l’oppressé des mains de l’oppresseur. Sa faculté d’aimer l’autre se manifeste, mais encore faut-il qu’il trouve la juste voie en écoutant la juste voix du cœur ! C’est-à-dire une voix qui ne serait pas influencée par les usages du monde où elle demeure, une voix étrangère aux systèmes de pharaon. Ils sont gouvernés par les états émotionnels et l’inflexibilité intellectuelle dont la puissance attisée par l’ego affaiblit le juste discernement. Car, tant qu’il n’aura pas trouvé le moyen de se fortifier, de se renforcer, de s’affermir, Moïse ne pourra pas exercer une influence constructive et libératrice. Et, c’est dans son intime réservoir d’amour qu’il puisera ses forces afin de s’opposer aux intenses sentiments de haine de pharaon. Elles s’enracinent dans ses peurs de se voir dépossédé de ses pouvoirs, de ses prétentions, de ses ambitions, de son statut d’homme-dieu.
Or, après les déplorables interventions de Moïse dans le territoire de pharaon, ce dernier pressent le danger de laisser exister et s’exprimer une voix d’opposition révélant publiquement les injustices du système. Il faut le « tuer », c’est-à-dire le faire taire… Les intentions du récit se révèlent : elles mettent en relief deux identités contraires portées par deux personnages : pharaon, le JE du monde de l’affectivité violente qui nuit au jugement équitable. Et de l’autre, Moïse, le JE du monde du discernement qui doit pour être juste, se nourrir de toute la capacité d’aimer que peut produire le cœur. On serait tenté d’en déduire qu’ils sont bel et bien étrangers l’un à l’autre et qu’une cohabitation harmonieuse semble bien improbable. Vraiment ?
Une question s’impose alors : quelles sont (entre autres…) les intentions du récit ? Est-ce que ces deux personnages seraient destinés à nous renvoyer à nos sombres luttes intérieures ? Nous proposerait-il de sonder le fond de nos cœurs pour surprendre celui des deux protagonistes dont la « parole » influence nos pensées et nos actes ? Nous suggérerait-il que, si nous voulons changer les systèmes de notre société, nous devons commencer par réparer nos systèmes intérieurs ? Oui, mais comment ?

Prochain article : S’affranchir des voix de pharaon.

4 réflexions sur « Enquêtes très spéciales… »

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